Aujourd’hui plus que jamais

Processus d’actualisation, chambre avec vue. Ciel blanc, proximité d’une dépression. L’expérience du voyage, à l’intérieur de ce jour plein. L’esprit magique, là où je vais aller. Tapit en bas des quelques marches qui mènent à une cave, sur le flanc d’une maison de ville, le chien autophage est endormi. Il n’est pas rare qu’un rat s’approche de lui, morde ses plaies. Indifférent au récit français et au mouvement de renaissance nationale, il laisse échapper des plaintes. Douleur cristallisée, les chroniques de l’époque. Fresques sociales, repérages territoriaux. Vous êtes ici. Ah merde ! Détruire la carte, extrait du prologue de Voilà : « J’écris dans les couloirs d’hôtels et sur les plans d’évacuation. Effacement des repères, destruction des antennes relais. Temps morts, espaces vides, perte de sens (éloge de). Non, vous n’êtes pas ici. » De quoi vous souvenez-vous ? et va naître l’histoire. Suite 321, accueillir des pensées. Femme tentée par la vie, ouvre le minibar. Ce que nous savons d’elle, après un long silence. La possibilité que le monde déconne, elle tourne d’un pas lent. Du lit à la fenêtre, de la fenêtre au canapé, du canapé au lit. Elle recommence. Elle recommence. Le mot répété sans fin. Est-ce qu’il y a quelque chose qui ne va pas ? l’entendons-nous demander sur un ton inquiet. Est-ce que j’ai fait quelque chose de mal ? Elle finit sa bouteille de Perrier, se met à plaindre sa fille, regarde vaguement un débat sur le mouvement des « Gilets Jaunes » (qui sont-ils, que veulent-ils ?) en se grattant les orteils parce qu’elle vient d’allumer la télévision. Maîtrise de soi, sobriété, sanctions. Atmosphère saturée de croyances partagées, d’anniversaires de célébrations de rites de communions de fêtes de commémorations de journées des droits de nuits blanches et d’antidépresseurs. Hystérie collective, montée de fièvre, dispersion. Retour domicile, terreur et solitude. Quelques bonnes épitaphes, un carnage ordinaire. Toute utilisation du cadre actuel, qu’est-ce donc qui est à toi ? « Vie et mort de Satan le feu, je cite Antonin Artaud. Feu méchant qui monte », une belle obscurité. Réveil debout saisons passions dormir. Nécessité de maintenir certains rapports, il va sans dire. Que faisons-nous maintenant ? Quelques vraies sensations apparaissent avec toute leur densité, respiration du chien. Paupières ouvertes sur ses yeux jaunes, le souffle court. Google actualités, la plupart d’entre nous. Des centaines de migrants traversent la rivière Tijuana en espérant atteindre la ville américaine de San Ysidro, lever les yeux. D’autres, qui tentent de franchir une barrière métallique, sont la cible de balles en caoutchouc, de gaz lacrymogènes tandis que des hélicoptères de l’armée américaine survolent la zone à basse altitude. Près de dix mille militaires sont déployés pour stopper les tentatives d’intrusion, un oiseau qui fend l’air. Instants chocs, s’imposer des écarts. Imminence d’un danger, afflux incessant de la faim. Toute littérature est assaut contre la frontière (Franz Kafka), ne pas céder à la désolation. L’auteur regarde autour de lui — vêtements, livres, tableau électrique, enchevêtrement de câbles, un téléphone en charge — puis se relance. Onde de vitalité, applaudissements du public. Je suis ce que tu veux, mes doigts sur le clavier. C’est une tempête qui déferla, un point au bout d’une phrase. En ce temps-là, pratique du passé simple. La danse de la momie, arracha ses bandages. Intentions, mobiles, logique interne, nature des actes, ce n’est pas la question. Ce que je dois accomplir, un peu plus tard dans la journée. Je me surprends à courir, tout ce merdier m’excite. Je suis comme ces adolescents que l’on voit sur l’affiche du film Gomorra, en slip et baskets et en appui sur la jambe gauche, Kalach à la main, tirer face à la mer. Se sentir vivant pour rien, vivant soi-même, vider quelques chargeurs. Se pisser dessus sous la douche, le long de la jambe. Pour la chaleur. Est-ce que cela arrive ? Non, cela n’arrive pas.