Sauvage intimité

Le chien autophage n’est pas une illustration de la thèse soutenue par Anselm Jappe dans son essai La Société autophage. Capitalisme, démesure et autodestruction, il n’est pour rien dans cette affaire. Il ne m’est pas inspiré par le mythe grec d’Érysichthon, le roi de Thessalie qui, puni pour ses excès et condamné à n’être jamais rassasié, fini par se dévorer lui-même. L’animal m’est apparu le vingt-deux octobre 2018, le jour où il a sectionné sa langue, m’a regardé de ses yeux jaunes. Cage de verre, pouvoir bondir en liberté. Les chromes et les néons, dynamique régressive. Ma cicatrice la plus ancienne (automutilation sur un avant-bras, alors que j’étais adolescent) est recouverte par un tatouage. Partie supérieure d’un squelette humain voilé portant une faux et assemblage de fleurs. Quatre heures à sentir la piqûre des aiguilles, une vanité. La pompe de la mort effraie plus que la mort elle-même (Francis Bacon), il y aura une fin. Des fins. Être mis sur ses fins, une vie terminée. Appréhension de la rapidité et du néant, normes sociales. Exploiter les ruptures, expérience de lecture. L’auteur en lanceur de couteaux, un bandeau sur les yeux. Quelqu’un peut-il me dire où est la cible ? Affiliations labiles, apparition de forces invisibles. Trahison au cœur de la famille et du cercle d’amis, escroqueries de grande envergure. La couverture du livre de Jappe est illustrée par un détail du Jugement dernier, polyptyque peint par Rogier van der Weyden (1445-1450). Un homme nu, de profil, qui mange les doigts de sa main gauche, et que l’on peut voir dans la partie inférieure du retable. Damné poussé vers son destin, écrasé par le poids de ses péchés. Devant lui, Adam et Ève chassés du Paradis. Dans la partie supérieure de l’œuvre et en son centre, le Christ pèse les âmes. Le crime est la force motrice, commencer par le grand incendie. Kim Kardashian, ses sœurs et leurs enfants contraints d’évacuer leur domicile de Hidden Hills, la Californie brûle. Note sur les événements de la vie, il est midi. Homme vivant désire manger désordonné donné pas de pensée pensée (lire à voix haute et plusieurs fois). Digère. Chronique des luttes, j’ai bu beaucoup d’alcool. Sens du mouvement consume, s’inventer à mesure. La vérité est que je suis, que je deviens le Pavillon, la chambre. Nulle part ailleurs. Mesurer ses forces, soyons concret. Tension formelle, traduire la complexité par l’incohérence. Traque invisible, je suis celui que l’on connaît. Aller là-bas, rester ici. Boucles sonores, vibrations du portable. Elle demanda, il répondit. La voix parlée, cet épisode. Exprimer le plaisir ou la peine, une abstraction toujours plus grande. Il faut que je trouve un moyen de fixer ma vie tout entière dans la littérature, écrit Benjamin Constant dans son journal qu’il rédigeait dans une graphie cryptée. Lumière, sécurité, indépendance. Les bruits de la ville, l’évocation d’une couleur locale. L’effet d’un grand vacarme, est-ce que tu te souviens ? Croissance et métamorphoses de la société urbanisée, qu’avons-nous à défendre ? Couché devant une grille, sous une pluie battante, le chien autophage déchire ses chairs, les mâche, ingère la bouillie le museau pointé vers le ciel, en secouant la tête. Parce qu’il ne peut avaler qu’au prix d’énormes difficultés, il broie ses os et les recrache. Pathologie sévère, réalités multiples. Hommage aux courses vaines, en avalant l’espace. Le chien n’a pas de nom, les événements se précipitent. Solutions mots fléchés, se nourrir de.